Lironville.

Le 20 septembre 1914 la 73e division  engage ses trois brigades, la 145e, 146è et la brigade mixte, soit 6 régiments, environs 15 000 hommes, sur un front de 15 kilomètres allant de la Ferme St Pierre à Beaumont.

En début d'après midi le 368e régiment s'empare de Limey dont l'ennemi est chassé après une lutte à la baïonnette dans les rues et jardins. 

Sur sa gauche la 145e brigade occupe Flirey, le bois du Jury et le sud-est de  Seicheprey. La brigade mixte attaque sur le bois la Lampe, Mamey, la forêt de Puvenelle. 

Le 21 septembre, dans la matinée,  le 367e  régiment s'empare du bois Brûlé au nord du pont des Quatre Vaux de la route Limey Pont-à-Mousson. Des éléments avancés du 169e régiments entrent à Mamey. 

L'ennemi se voit menacé sur un grand front, croit à une très forte attaque et réagit en portant tout un corps d'armée (le XIVè corps) contre la 73e division qui est attaquée dans l'après midi sur tout son front  par des forces très supérieures. 

21 septembre (JMO 73e Division p55-57) "... La brigade mixte est parvenue à la lisière nord de la forêt de Puvenelle sur les pentes sud de l'Auberge St Pierre et vers la corne nord-est du bois la Lampe. L'officier porteur de cette situation déclare que la brigade a subi des pertes assez sérieuses ayant été exposée la veille de  8 h à 19 h à un feu violent d'artillerie ennemie non contre-battu ..... Une violente canonnade accompagnée d'attaque d'infanterie ennemie se déchaîne successivement sur tout le front savoir : plateau Nord de Mamey, bois dit le brûlé, plateau de Lironville, Limey et vers 16 h sur Flirey ... Alors que dans la journée du 20, la division semblait n'avoir eu à faire qu'à des avant-gardes d'éléments ennemis, le 21 septembre il semble qu'elle ait déchaînée devant elle au moins une division du 14e Corps allemand (on dit même 7 régiments)...A 15 h. le colonel commandant de la 146e brigade signale que la situation est grave mais non désespérée, beaucoup de blessés, officiers et gradés dont deux lieutenants colonels.  A 15 h15 le colonel commandant de la 146e brigade signale que le 368e abandonne Limey dans un désordre absolu et qu'il va s'efforcer avec l'aide des compagnies de réserve de le reformer et de l'arrêter sur les positions de Lironville.... La division se maintient difficilement sur tout son front jusqu'à la tombée de la nuit. Lironville est de plus en plus canonné. Un même projectile blesse grièvement le colonel commandant la 146e brigade et deux officiers de son État Major ... Vers 18 h 30 le poste de commandement se replie vers Noviant aux Près, où est rédigé l'ordre général N° 98 qui a pour but d'établir la division sur le front Griscourt, Gézoncourt, bois de la Sampinière, hauteurs sud-ouest de Nanzéville, croupe nord de Martincourt (front tenu par la brigade mixte) bois de St Pierremont, bois des Haye,  Noviant aux Près, Grosrouvres (avec éléments à Bernécourt), front tenu par la 145e brigade, la 146e brigade sous les ordres du lieutenant colonel Florentin  étant ramenée à Domévre où  cantonne le QG. Les troupes doivent se retrancher solidement sur le front prescrit et s'y maintenir à tout prix."

A la nuit, la 73e division a perdu successivement  : Limey, Flirey, Mamey ; elle est ramenée sur ses positions de départ du 20 septembre et jalonne le front Grosrouvres, Bernécourt, Noviant aux Près, Martincourt, ferme de Nanzéville,   derrière lequel elle se reforme. Elle a subit un échec indéniable. 

Les 22, 23 et 24 septembre, la 73e division attaque à Lironville et sur le plateau de Mamey :Ordre d'attaque
   
- 145e brigade 346, 353, 356e RI objectif Lironville  
    - 146è brigade 367, 368, 369è RI objectif Limey  
    - brigade mixte 167, 168, 169e RI objectif Mamey 

Il s'agit de prêter assistance à la Iere Armée pour enrayer l'offensive allemande vers les ponts de la Meuse en amont de Verdun. Le général Dubail commandant de la Iere armée se rend avec son État-Major à Manonville pour contraindre le Général Lebocq commandant la 73e division d'engager immédiatement une attaque.

C'est le 346e Ri qui lance l'attaque à 14 h sur Lironville avec le renfort du 356e Ri. Il faut prendre Lironville. La bataille s'engage sur un front relativement court allant du bois des Hayes au bois de la Voisogne et le long de la route Noviant Lironville. Les combats sont durs et meurtriers, l'ennemi invisible. Ces combats violents sont particulièrement bien décrit dans le JMO du 346e régiment..

23 septembre : Au matin du 23, le lieutenant colonel Dehaye laisse éclater son pessimisme devant la dureté des combats et les pertes éprouvées. La résistance de ses hommes diminue et il a du les mener au combat revolver au poing. 

Pendant toute la journée du 23, les combats redoublent d'intensité, le service médical ne peut intervenir compte tenu de la violence des combats. Les mitrailleuses allemandes, invisibles, sont terriblement efficaces, et sèment désordre et pertes dans les rangs français. Les derniers renforts sont jetés dans la bataille sans parvenir à faire avancer la première ligne qui reste clouée au sol. L'artillerie mal réglée à des tirs trop longs mais aussi trop courts et en vient à tirer sur les premières lignes françaises.

Dans le JMO de la 73e Division on signale que quelques éléments ont réussi à pénétrer à Lironville dans la matinée du 23 septembre.

Le 23 septembre fut certainement la journée la plus noire de ces combats.  Dans le bulletin N° 51 des Loups on relève ce témoignage : 

"Une mitrailleuse invisible a trouvé moyen d'enfiler toute la 3e section et j'assiste au spectacle affreux des hommes qui se tournent successivement  sur eux-même, puis retombent sur le côté ou sur le dos, tués ou blessés. Sur les 60 de cette section il n'y en aura que 7 le lendemain pour répondre à l'appel. Une escouade n'a plus qu'un seul homme indemne."

Depuis le 20 septembre la 145e brigade a presque 1500 hommes hors de combat. 

Le soir du 23, les 346 et 356e sont relevés par la 146e brigade et vont cantonner à Domèvre.

Le 24 septembre la journée est plus calme, mais le village,  bombardé par notre artillerie reste occupé  par les Allemands. Deux canons de 150 long, en batterie derrière le château de Manonville obligeront les Allemands à quitter le village.

Le 367e Ri reprend Lironville et Limey le 25 septembre et reste sur ce secteur jusqu'au 10 octobre. Le 369e se porte sur le chemin Lironville Mamey reste sur ce secteur jusqu'au 3 octobre ou il reçoit l'ordre d'organiser la défensive sur la position Bois de la Voisogne, Flirey Limey- Bois dit le Brûlé. 

25 septembre : On relève les morts et on improvise des cimetières. Le service de santé du 346e RI note en octobre qu'il y a encore des cadavres en décomposition à Lironville. La 73e DI va déplorer 3500 tués ou blessés entre les 20 et 25 septembre. 

26 septembre : Les Allemands se replient.  

Une bataille commémorée tous les ans depuis 1915.

Et cent ans plus tard. : Cérémonie de septembre 2014

Dans son livre l'abbé Porta donne la parole au général Lebocq pour analyser l'importance de la bataille de Mamey-Lironville.

Quelle fut l'importance de la bataille de Mamey-Lironville ? Voilà en résumé, ce qu'en dit le général Lebocq dans un discours à Lironville le 7 octobre 1923. 

Tout d'abord ce fut un succès, l'ennemi a reculé, nous avons avancé de trois kilomètres. Mais ce succès , s'il ne tirait son importance que de cela, serait contestable, nous l'aurions payé trop cher. En se faisant décimer à Lironville, la 73e division à remporté sa vraie victoire au passage de la Meuse.
En effet, le 20 septembre au soir, après son attaque sur Hattonchâtel, l'ennemi est virtuellement vainqueur, la route est libre devant lui, il peut pousser jusqu'à Verdun, la Meuse est dégarnie et la défense mobile de St Mihiel est disparue.
Heureusement , trois divisions accourent le 22 au matin et, des Éparges à Spada barrent la route de Verdun. Reste St Mihiel or devant St Mihiel entre Spada et Apremont nous n'avons pas un homme, d'Apremont à Beaumont nous n'avons que les 7e et 2e division de cavalerie incapables de résister longtemps à des attaques sérieuses.
Pourquoi, dès lors, les Allemands se montrent-ils si timides et ne poussent-ils leur avantage que le 24 ? ... C'est que la 73e division en inquiétant leur flanc gauche, a immobilisé les forces qui leur étaient nécessaires sur la Meuse. Quand elles pourront intervenir, il sera trop tard, la III Armée aura établie une solide barrière derrière St Mihiel, aussi le général Roques qualifiera-t-il la bataille de Lironville-Mamey d'intervention heureuse de la 73e dans la Woëvre.

Mais ce que l’on appellera désormais le saillant de Saint-Mihiel, devient l’écharde plantée dans le pied de la ligne française. L’armée allemande l’organisera en un bastion sur lequel se brisera toutes les tentatives françaises de le réduire, et ce, jusqu’en septembre 1918.